Je voulais intituler cet article "PREMIER AMOUR" puisque je voulais vous parler de cette pièce de BECKET vue au théâtre de l'ATELIER à Paris, il y a deux jours. Je voulais vous raconter un peu l'histoire de ce lieu magique tout près de chez moi, qui fait partie de l'histoire du théâtre, puisqu'il fut marqué par Charles DULLIN et plus tard par André BARSACQ etc. mais je voulais surtout vous parler de SAMY FREY, qui fait partie de ces acteurs d'exception, qui non seulement ont dû signer un pacte avec le diable pour conserver, élégance, grâce, beauté...présence hypnotisante, voix envoûtante, bref de ces rares acteurs à qui on a envie de dire "encore" "encore""s'il te plaît monsieur, raconte-moi encore des histoires"!!! Je voulais donc vous dire que durant une heure et quart, j'avais retrouvé l'essence du théâtre, UN TEXTE parfait,à l'écriture à la fois économe, drôle, fleurie et parfois lyrique, un style inimitable et UN ACTEUR, qui a l'art d'INVENTER le texte, de TRAVERSER l'auteur, de le DEVANCER, de le rendre LUMINEUX, sans faire appel à AUCUN ARTIFICE. Je voulais donc vous faire partager ce BONHEUR avec moi, même si le spectacle se termine dimanche, qu'on ne peut plus avoir de places et que j'ignore même si il se jouera hors Paris. J'aurais aimé m'attarder avec vous sur ce moment de plénitude, mais hélàs le THÉÂTRE, et surtout l'ECRITURE, peut encore nous prouver aujourd'hui son impact, sa force , mais aussi le danger auquel il peut exposer les ARTISTES face à l'INTOLÉRANCE IMBÉCILE ET ASSASSINE.
Avec mon Collectif de lectures "A Mots Découverts", nous travaillons, vous le savez sur les AUTEURS CONTEMPORAINS VIVANTS, donc, il y a quelques mois, nous avions lu en présence de la jeune auteure Algérienne: RAYAHANA, une pièce qui s'appelait alors "BAIN MAURE" et qui racontait l'histoire d'une dizaine de femmes qui se confient librement dans un bain maure. Une belle écriture, sans tabous qui parle avec tendresse et lucidité de la condition des femmes aujourd'hui en Algérie, toutes générations confondues. Cette pièce a été mise en scène sous un nouveau titre: "A MON AGE, JE ME CACHE ENCORE POUR FUMER" à la "Maison des Métallos". Mardi soir, peu de temps avant de jouer, l'auteure RAYHANA, a été aspergée d'essence et on lui a jeté une cigarette pour la brûler. L'essence ne s'est pas enflammée, heureusement. Un de mes amis auteur, Gérard Levoyer, qui était présent dans la salle ce soir là, dit: "Dans le théâtre ça sentait encore l'essence et l'émotion était à son comble au moment des applaudissements. Depuis, cette jeune femme ne rentre plus chez elle et le théâtre est sous surveillance. Ca se passe à Belleville. Là aussi on veut faire taire les femmes qui parlent". Pour le moment, on en a peu parlé à la radio et dans les journaux (je ne parle pas de la télé) Donc relayons l'histoire, et témoignons dans nos blogs notre soutien à RAYHANA et à la LIBERTÉ D'EXPRESSION!